Démocratie et vérité

Manuscrito : revista internacional de filosofía, 6/2 (1983) p. 151-171.

Partant de l’analyse de la célèbre formule de Protagoras « L’homme est la mesure de toutes choses » dans le Théétète de Platon, on montre qu’elle s’appliquait à deux types de situation: les sensations, et les opinions, c’est-à-dire à tous les cas d’opposition entre propositions prédicatives (« S est P », « S n’est pas P ») – ce qui explique l’autre formule célèbre du sophiste: « Sur tout sujet, il y a deux logoi en opposition ». On montre ensuite que cette conception « relativiste » de la vérité repose sur une même théorie de la vérité que celle élaborée par Platon et Aristote, la vérité-adéquation, avec l’ensemble de ses conditions logiques. L’opposition Protagoras/ Platon peut alors être interprétée comme un conflit interne à cette nouvelle « vérité » (par opposition à la « vérité archaïque » des « maîtres de vérité » qui disent vrai par l’autorité dont ils sont investis). Ce conflit oppose les vérités épistémiques et les vérités toxiques, et il est le reflet de l’opposition entre les procédures d’établissement des vérités dans le domaine mathématique (démonstration) et dans le domaine politique (selon les règles de la démocratie athénienne) qui sont inventées à la même époque. Le rôle de la contradiction est inverse dans les deux types de procédures : signe de fausseté dans un cas, condition d’acceptation des vérités partagées dans l’autre cas.

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