Proposition, être et vérité : Aristote ou Antisthène ? (à propos de Aristote, Métaphysique Δ, 29)

Théories de la phrase et de la proposition de Platon à Averroès, éd. Ph. Büttgen, St. Diebler et M. Rashed, Paris, Presses de l’École Normale Supérieure, 1998, p. 45-67.

Dans  cet article, on montre que la définition classique de la vérité comme adequatio rei et intellectus se trouve bien chez Aristote en dépit de certaines interprétations de sa pensée d’inspiration heideggérienne. Cette définition repose sur la thèse aristotélicienne de la distinction des deux niveaux (vrai et faux ne qualifient pas les choses mais les énoncés ou les pensées qui portent sur elles). Cette thèse trouve le renfort de l’analyse du chapitre Delta 29 de la Métaphysique consacré au « faux ». Ce chapitre fournit une véritable archéologie des concepts de « proposition » et de « vérité » depuis Antisthène (la proposition comme définition ; dire vrai, « c’est dire ce qui est ») à Aristote (la proposition, le « dire quelque chose de quelque autre chose », n’est pas une définition; le vrai et le faux supposent l’analycité de la proposition), en passant par Platon 1 (Euthydème, Cratyle, Théétète) et Platon 2 (Sophiste). Loin d’infirmer la définition classique de la vérité, ce texte, comme d’ailleurs tous les autres dans la Métaphysique, la suppose.

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Du métier de sophiste à l’homme-mesure

Manuscrito: revista internacional de filosofía, 5/2 (1982), p. 7-36.

En partant des premières définitions du sophiste dans le Sophiste de Platon, on se propose de reconstituer la pensée des sophistes historiques sans séparer les « doctrines » des pratiques professionnelles et de leur statut de professeurs salariés itinérants. On met ainsi en rapport les opérations économiques nécessaires à la conquête de marchés et les présupposés pédagogiques correspondant. À partir de la notion de « juste salaire », on montre l’équivalence sophistique entre langage et monnaie. On est ainsi conduit à suggérer quelques connotations de la fameuse formule de Protagoras « L’homme est la mesure de toutes choses »: pour une pensée de l’échange universel, l’homme semble être la seule unité de mesure de toutes choses qui s’échangent économiquement ou discursivement, et l’étalon de conversion des valeurs nécessaires à la communauté.

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Démocratie et vérité

Manuscrito : revista internacional de filosofía, 6/2 (1983) p. 151-171.

Partant de l’analyse de la célèbre formule de Protagoras « L’homme est la mesure de toutes choses » dans le Théétète de Platon, on montre qu’elle s’appliquait à deux types de situation: les sensations, et les opinions, c’est-à-dire à tous les cas d’opposition entre propositions prédicatives (« S est P », « S n’est pas P ») – ce qui explique l’autre formule célèbre du sophiste: « Sur tout sujet, il y a deux logoi en opposition ». On montre ensuite que cette conception « relativiste » de la vérité repose sur une même théorie de la vérité que celle élaborée par Platon et Aristote, la vérité-adéquation, avec l’ensemble de ses conditions logiques. L’opposition Protagoras/ Platon peut alors être interprétée comme un conflit interne à cette nouvelle « vérité » (par opposition à la « vérité archaïque » des « maîtres de vérité » qui disent vrai par l’autorité dont ils sont investis). Ce conflit oppose les vérités épistémiques et les vérités toxiques, et il est le reflet de l’opposition entre les procédures d’établissement des vérités dans le domaine mathématique (démonstration) et dans le domaine politique (selon les règles de la démocratie athénienne) qui sont inventées à la même époque. Le rôle de la contradiction est inverse dans les deux types de procédures : signe de fausseté dans un cas, condition d’acceptation des vérités partagées dans l’autre cas.

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Un cogito chez les Anciens ? Le principe d’Aristote et celui de Descartes

 
Les études philosophiques, Avril-Juin 1988, p. 235-247