Le langage et l’universel

« Le langage et l’universel. Les fonctions ontologiques des catégories aristotéliciennes », p. 43-73 de Le philosophe et le langage. Études offertes à Jean-Claude Pariente, sous la dir. De Martine Pécharman et Philippe de Rouilhan, Vrin, 2017, coll. « Analyse et Philosophie »

Dans cette contribution, dédiée à Jean-Claude Pariente, je montre qu’il y a deux façons de poser la question ontologique : « qu’est-ce qui existe? ». On peut se demander comment identifier les différentes entités existantes comment les différencier les unes des autres ? D’un autre côté, on peut se demander si « exister » comporte des différences, voire des degrés, variables selon ce qui existe ? Dans le premier cas, la question de l’être revient donc à la question qu’on appelle de l’essence. Les différents êtres diffèrent par ce qu’ils sont. Dans le second cas, il serait possible d’exister diversement voire d’exister plus ou moins. Ainsi la différence entre « il y a des hommes » et « il y a des nombres » ne serait pas la différence déterminable entre deux genres d’êtres, mais la différence entre ce qu’est exister pour un homme et ce qu’est exister pour un nombre. On montre que, à ces deux types de question, Aristote a donné une même réponse : il y a différents « modes d’existence » – c’est-à-dire des façons différentes d’exister, et, en dernière instance, ce sont aussi les différentes catégories. On comprend ainsi ce qui a déterminé Aristote à l’idée catégoriale, c’est-à-dire à la thèse que les genres d’êtres se confondent avec les grands modes d’existence et nous sont donnés par les « schèmes de l’attribution ». Ils offraient une réponse « naturelle » en même temps que « logique », au problème de l’être, dans les deux dimensions que nous avons appris à distinguer (ce que sont toutes les choses qui existent, et comment existent toutes les choses qui sont) et que la question « qu’est-ce qui existe ? » (what is there ? en grec τί τὸ ὄν;) nous enseigne à ne pas séparer.

Ce que L’Homme neuronal nous a fait penser

« Ce que L’Homme neuronal nous a fait penser» p. 41-52 de L’homme neuronal, trente ans après, dir. Michel Morange, Francis Wolff et Frédéric Worms, Ed. « Rue d’Ulm », 2016.

L’article se compose de deux parties. Dans un premier temps (« Ce que L’homme neuronal nous a fait penser »), on évalue le changement de paradigme qu’a constitué ce livre dans l’histoire des représentations de l’homme ; on montre en particulier comment il s’est imposé contre le paradigme alors dominant, celui du structuralisme.

Dans un deuxième temps (« Ce qui nous fait penser »), on discute la thèse de Changeux de l’identité entre états mentaux et cérébraux. On s’efforce de montrer que la thèse réductionniste qui a fait le succès de la science moderne depuis l’âge classique (réduction à des causes physiques, des phénomènes qui paraissaient relever d’une substance spirituelle) ne peut pas s’appliquer aussi facilement à la pensée, notamment à ses formes les plus élémentaires, en particulier parce qu’il n’y a aucune relation nécessaire entre les phénomènes cérébraux et leur manifestations subjectives.

On montre ainsi comment Changeux, en voulant expulser toutes les réponses métaphysiques à la question « qu’est-ce qui nous fait penser ? » a réhabilité la question métaphysique la plus classique : « qu’est-ce que la pensée ? »